Haiti: Construire un pays après les élections du 20 novembre 2016

 

 

(Texte français – le créole est original)

 

La CRAN (Cellule de Réflexion et d’Action Nationale) s’est rencontrée à deux reprises en ce mois de décembre pour analyser les élections du 20 novembre 2016. La CRAN croit à la nécessité pour tous de mettre l’intérêt national avant toute autre considération, parce que le pays ne peut plus continuer à évoluer avec des débats stériles qui divisent.

Un grand effort a été déployé pour organiser des élections plus correctes. Les observateurs le reconnaissent unanimement. La formation des membres du BV avait beaucoup progressé ; les isoloirs améliorés ; l’encre était indélébile ; la police était présente et veillait. Cela signifie qu’il est possible de s’organiser correctement si la volonté y est. Malheureusement, les mauvais esprits sont toujours à l’œuvre pour tenter à organiser des fraudes.

La période des contestations est toujours en cours, et le résultat en est incertain. Mais il est possible de tirer un nombre de conclusions de ce qui s’est passé et de montrer leur importance pour l’avenir du pays.

  1. La CRAN a constaté, et cela est confirmé par toutes les observations, le peu de participation populaire. Démocratie est impossible sans une participation à ce qui concerne la population elle-même. Il serait donc important d’examiner les causes de cette absence de mobilisation populaire. Comment la comprendre?
    1. 1. Serait ce parce que les centres ne soient pas bien placés, proches des gens?
    2. 2. Serait-ce le mauvais temps en certains endroits?
    3. 3. Serait-ce que le système électoral ne soit pas adapté à notre pays?
    4. 4. Serait-ce une indifférente envers la politique qui ait envahi la population? Trop de déceptions dans la façon que les politiciens et autorités gèrent le pays dans leur seul avantage, sans que rien ne soit résolu pour la population elle-même ? Des politiciens qui cherchent leur propre intérêt et qui oublient le peuple qu’ils représentent?
    5. 5. Très peu de mandataires se sont manifestés dans les bureaux de vote (BV). Est ce que les nouveaux règlements qui ne les permettent plus de voter n’importe où, auraient diminué leur importance?
    6. 6. Certains lieux qui mériteraient des centres et bureaux de vote en sont toujours dépourvus, comme la zone de Corail et Canaan, cet immense bidonville qui s’est formé après le tremblement de terre au pied du Morne à Cabris. Mais dans d’autres zones en province également, les habitants sont obligés de parcourir de grandes distances pour participer aux affaires de leur pays.

      Des échanges devraient permettre à trouver une réponse sur ces questions.
       
  2. Un problème majeur pour améliorer la participation électorale, selon la CRAN, concerne les listes électorales. Le problème se pose à plusieurs niveaux:
    1. 1. Les gens n’ont pas registré là où ils habitent actuellement. Ils ont déménagé. Ils ont pris leur carte là où ils travaillaient et non pas où ils résident. Il y a donc un problème au niveau de l’ONI pour faire le suivi et d’actualiser les données.
    2. 2. En certains endroits, l’ONI est entré dans un processus pour actualiser les pièces d’identification, mais les cartes n’étaient pas disponibles le jour du scrutin. A la Gonâve des cartes d’identification étaient retenues à la mairie. Là il y a une responsabilité de l’Etat à travers les autorités locales.
    3. 3. Certaines adaptations dans les listes semblaient arbitraires et incompréhensibles. Des gens s’étaient habitués à un centre donné, maintenant les listes les envoyaient ailleurs, parfois bien loin, sans qu’ils avaient changé de domicile.
      Parfois les noms se trouvaient dans les listes affichées, mais pas à l’intérieur du BV sur la liste électorale partielle. Certaines listes ne suivaient pas l’ordre alphabétique.
      Certaines photos sur les listes ne ressemblaient pas à celui de la pièce d’identification. Des noms contenaient des erreurs, etc.
      Plusieurs difficultés concernent le CEP et la façon d’organiser les listes électorales pour chaque BV.
    4. 4. On avait annoncé la possibilité de retracer le BV par SMS, et le système fonctionnait bien avant le jour de vote. Le jour même il y avait trop d’encombrement pour permettre un bon service. Ici on touche la responsabilité des compagnies de téléphone qui avaient conclu un contrat avec le CEP.

Chaque fois une citoyenne ou un citoyen désireux de voter est dans l’impossibilité de le faire, indépendant de sa volonté, et la responsabilité revient à une autorité étatique ou autre, il s’agit d’une violation des droits de la personne. Les autorités de l’Etat ne devrait pas prendre cela trop à la légère.
 

  1. Propositions de la CRAN pour avancer, parce que la démocratie doit être réelle avec la participation de toute la population.
    1. 1. Le CEP en place doit finaliser l’ensemble des élections à faire : les élections locales (les collectivités territoriales) tout comme les élections indirectes doivent y entrer.
    2. 2. Il faut absolument mettre en place le CEP, le Conseil Electoral Permanent et Indépendant. C’est une nécessité que le Conseil soit permanent pour être en mesure d’accumuler des expériences et d’améliorer le processus électoral. Mais surtout, le CEP doit être indépendant. Les amendements introduits dans la version française de la Constitution de 1987 n’assurent pas cette indépendance politique requise. Au contraire, la CRAN considère que la version créole de la Constitution soit mieux adaptée pour atteindre cet objectif, après la finalisation des élections indirectes.
    3. 3. L’ONI doit devenir un vrai service public d’identification des citoyens et citoyennes. “L’adresse physique” de la personne fait partie de son identité, tout comme sa date de naissance. L’ONI doit disposer d’une banque de données correctes sur la condition de chaque citoyen dans le pays; il doit collaborer avec l’état civil; il doit mener des campagnes de motivation et être équipée pour répondre à sa mission.
    4. 4. Le CEP doit développer la capacité de produire des listes électorales partielles correctes. Election est une question de proximité, c’est à dire proche du lieu où habitent les citoyens. Il est impossible de réaliser la démocratie et la participation citoyenne, si les gens ne sont pas en mesure de voter là où ils habitent.
    5. 5. Les partis politiques doivent investir dans l’éducation civique de leurs membres. Cette éducation doit contenir: la tolérance, le respect des autres, une bonne compréhension de l’engagement pour le bien commun et l’intérêt général.
       
  2. La question des sanctions. Le CEP en place doit sanctionner les auteurs des fraudes lors des élections du 20 novembre 2016, comme par exemple, les membres des BV qui produisent des procès verbaux mal faits pour favoriser un candidat. (Exemple: des membres des BV qui refusent d’apposer leur signature même quand le procès verbal est correct).
    Certains candidats tiennent des discours entachés de violence, ou ils encouragement la violence, parce qu’ils croient dans son efficacité. Il est temps que le CEP applique des sanctions comme prévu par le Décret électoral.
    A noter également, certains candidats ont déposé de fausses déclarations concernant leur casier judiciaire. Il est important que la population puisse faire confiance à ses élus au Parlement. Le Parlement également doit prendre sa responsabilité en la matière.
     
  3. La CRAN souhaite que les différents acteurs politiques construisent ensemble des chemins pour s’entendre sur un projet de société qui puisse garantir l’avenir du pays et la vie du peuple, que tous aiment tant, à en croire les déclarations. Le pays, à travers ses institutions et organisations, doit réussir à s’entendre sur:
    1. 1. Une politique agricole qui donne à la petite entreprise agricole familiale toute son importance.
    2. 2. Un système scolaire qui puisse garantit à chaque enfant une éducation adéquate pour lui permettre d’avancer dans la vie. L’école doit suspendre à être un outil de discrimination et de division entre les enfants d’un même pays.
    3. 3. Un système de santé qui garantisse à chacun un minimum en cas de maladie.
    4. 4. Un système judiciaire qui fonctionne, sans obliger aux ayants droit “d’acheter justice”.
    5. 5. Un Code de travail qui permette aux travailleurs et employés de lutter pour de meilleures conditions de travail.
       
  4. Le processus électoral divise fortement la population. Les politiciens doivent se donner comme mission d’unir la population. Ils doivent assurer que tous les citoyens et citoyennes s’y retrouvent sans exclusion. Ils doivent élaborer une vision et créer de l’espoir dans l’avenir du pays. Il faut un Gouvernement à la tête du pays qui met en œuvre un ensemble de politiques publiques, parce qu’une politique publique n’est pas un document. Il faut des services publics efficaces, qui nourrissent le sentiment chez tous et toutes qu’ils appartiennent à un pays, et qu’ils comptent.
    Nous proposons que le nouveau Président, issu des élections, convoque les Etats Généraux de la Nation, où le Gouvernement, les groupes sociaux, les églises et cultes, la presse, les partis politiques et la société civile se rencontrent pour analyser le contexte du pays et de formuler des propositions sur ce qui doit être fait pour créer la confiance et pour remonter l’espoir d’un peuple en proie au découragement.

La CRAN souhaite à tous les citoyens et citoyennes en Haïti une Bonne fête de Noel. Nous souhaitons que la Nouvelle Année 2017, la 213ième Année de l’Indépendance d’Haïti, porte le changement dont le peuple a tellement besoin pour organiser le pays dans la justice.

 

Pour la CRAN,

Pierre Yoldy Clermont, TKL

Rateau Jn Ulrick, ASOKOPEG

Philomé Lucien, KLAM

Jn Guillaume Vivianette, CRAN

Me Chrisnel DORSAINIL, CREE

P. Jan Hanssens, cicm, CONASCH, coordonnateur CRAN

 

Haiti, Commission Episcopale Nationale Justice et Paix d’Haiti, election